“Celui qui craint de souffrir souffre déjà parce qu’il craint. » Michel de Montaigne
Une soirée au presbytère à Langres.
La visite de la ville ne m’a pas marquée. J’ai eu l’impression qu’elle en faisait trop avec Diderot, qu’elle en faisait trop avec sa légende du temps de Noé sur l’origine du peuple lindon. Bref tout ça manque de tempérance. À l’image des citadins qui se bousculent sur la terrasse du café, apparemment très envié de la place. Nous étions installés nous aussi car pas beaucoup de choix. La pression de ce qui attendent en vous regardant ne permet pas de passer un moment agréable. Le pèlerin se retire dans son havre de paix le presbytère.
Sauf que la soirée ne se passe pas comme prévue. Elodia passe en mode stress total et veut abandonner, à cause de sa douleur au talon mais pas que. Je ne juge pas mais les faits parlent. Elle est partie sans rien préparer, elle parle le français sans mettre un peu les formes, elle a 67 ans, elle fume beaucoup, elle ne mange presque rien et surtout elle a beaucoup de colère en elle.
Elle a de l’expérience mais qu’en Espagne et Portugal, on est sur du tout autre chose ici. Il faut porter son eau et sa nourriture pour la route. Pas d’auberge à l’Espagnol et peu de gîtes et il faut réserver. Parfois il est nécessaire de faire plus de 30kms surtout quand on a pas de tente.
Je tente de lui expliquer mais en mode repliée sur elle même, ce n’est pas facile. La soirée finira comme cela.
Pendant ce temps je prépare mon sac et ne tarde pas à me coucher. La nuit tombe vite maintenant.
Justement, la nuit fut médiocre par le lit trop petit , c’est courant. Lever 6h. Petit déjeuner, Elodia est là et me présente ses excuses pour hier. L’ultime conseil sera de travailler sur sa colère, porte du mal laissée ouverte…
Je pars sans savoir comment elle s’organisera aujourd’hui mais le sait elle?
En attendant je sors de la ville avec une certaine joie, d’ailleurs je ressentirais une mauvaise attraction comme si de la gangue m’empêchait d’avancer. Ce n’est pas le première fois.
La sortie se fait par de larges trottoirs et bandes cyclables qui vous emmènent vers les zones commerciales périphériques que j’abhorre.
Une fois passé ces zones, plus rien, la route bosselée habituelle, à tel point que je change de côté car ça tire sur ma hanche droite de marcher toujours en biais.
On sent la rentrée, les voitures sont plus nombreuses et les incivilités aussi.
Sorti de la D122, c’est nettement mieux. Première pause à Cohon. Joli petit village avec des jardins remarquables, bien sûr fermés à cette heure.
Ensuite c’est une série de petits villages entre des vallons. Un paysage de pâturage car la terre est maigre ici.
L’étape se fait essentiellement sur petites routes sauf la fin.
Le temps est à la pluie dès le départ. Je passe à travers les cellules orageuses jusqu’à 12h. Je voulais ma pause à Maâtz, le temps d’avaler une banane et c’est la grosse averse.
Obligé de sortir l’équipement de pluie car il ne fait plus assez chaud pour un t-shirt mouillé.
Je passe en régime de croisière et ne m’arrête plus. J’arrive à 13h30 au gîte associatif. Je pouvais arriver quand je voulais alors j’en ai profité.
Belle découverte de ce petit gîte. 4 lits et bien équipé. Un panier repas est possible car rien aux alentour.
Une routine super tranquille, à l’abris et cette fois ci seul. Bernard, le bénévole viendra me voir, on discutera un petit peu. Il a fait la via Francegina jusqu’à Rome, par tronçon avec sa femme. Je lui donne plus de 70 ans.
Une belle étape de campagne qui nous emmène petit à petit vers la Suisse. Il reste 175 kms pour atteindre la frontière.
Total : 805,8 kms
Photos :
https://1drv.ms/a/c/ae211f891ee49c5e/IgB4CVV7eEI3SpefO4K5EIz2AbX5V9oJWRbDuip0dYJaUuw


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