“S’il est beau de se vaincre, il est doux d’être heureux” Philippe Quinault
181 eme jour sur le Camino, aurores, montagne, ange, nature, frontière, lac et plénitude.
Tellement de choses aujourd’hui mais gardons le canneva habituel.
Hier à Prrenjas j’étais descendu à l’hôtel bar restaurant Istanbul. La soirée a été un peu difficile à cause de l’orage mais surtout ce flux incessant de voitures et camions . L’hôtel se situe au bord de route. La gérante est très active, elle prépare un mariage pour le lendemain. Je suis le seul voyageur, le reste est de la famille. D’ailleurs Gilles, un cousin vivant à Nancy discute un moment avec moi en Français. Il fut passeur dans son jeune temps et est maintenant dans le bâtiment. Il a aussi un bar sur la plage du côté de Vlora ( la Côte d’Azur Albanaise). Il me montrera ses caméras de surveillance en direct. Un grand écart de vie que seuls les albanais font à merveille.
Une ambiance de famille et moi au milieu. Le restaurant est fermé mais la gérante me fera ce que je lui demanderais. Une extrême amabilité règne.
Parlant du flux routier, le cousin fera changer la chambre de l’autre côté de l’hôtel. Je suis un peu gêné.
La routine terminé , c’est l’heure de prendre congés de tout le monde. La nuit sera décousue car une certaine appréhension de l’étape me tient éveillée. Première grande étape de montagne, les orages, la circulation sur la route, que j’entendais quand même de l’autre côté et le cousin qui ajoute « attention aux ours!! » La totale. Il manquait plus que les moustiques pour parfaire une nuit de rêve.
Ce matin levé 4h30, je rassemble ma motivation, premier regard à la météo. Feu vert. À 5h, je pars à vide. Il fait très frais mais ça me va parfaitement. La lampe frontale sur la tête et c’est parti pour 3 kms de route. J’alterne gauche puis droite en fonction du bas côté. Le flux n’est pas dense mais les 44 tonnes se prennent pour des formules 1. D’ailleurs le coin est bien garni de plaques commémoratives de ceux qui ont joués et perdus.
Enfin, j’arrive dans le virage qui va à Rrajcë, c’est la sortie ! A peine sortie de la route que j’ai un chien qui vient me harceler, c’est pas le moment !
Puis 3 autres un peu plus loin. Je savais que ce serait dur ce matin. Les 3 s’en vont, effarouchés, puis un seul me suit. Je le laisse faire car je cherche la route. Je dois récupérer le chemin de la via Egnatia. Le repère c’est le passage sous la voie ferré. Ce point là, dans ma préparation a toujours été une zone grise. Alors je suis la trace mais celle ci m’amène à une impasse. Les cartes ne sont pas assez précises.
Demi tour, le chien devant moi cette fois ci, on reprend le sentier et lui tourne sur un autre sentier bien pentu et m’attend. Et si c’était lui mon ange gardien, je le suis et il m’emmènera sur le bon chemin. Incroyable, mais il m’accompagnera un bon moment jusqu’à ce que je sois sur la trace après le point de blocage. Photo souvenir de mon ange, je le nomme Alexandre car il est grand. Au revoir.
Et maintenant ça grimpe bien, j’aperçois Prrenjas tout petit dans la vallée. Maintenant c’est le territoire de l’ours ! Dans ces moments de solitude, en montagne, il faut rassembler son âme pour ne pas se liquéfier. Tous les sens sont en alerte. Voilà c’est 1000m, c’est dur mais c’est beau, ça sent bon, c’est silencieux, c’est la nature, cela me manquait !
Je fais une pause au sommet, heureux de pouvoir vivre cela. Je passe de l’autre côté et j’aperçois le lac d’Ohrid, géant. Je reste au sommet mais je rejoins la route qui va vers la frontière. Plus de trafic ! Quelques voitures mais sans plus. En fait le trafic venait de Pogradec.
Je contemple maintenant sur ma droite ce lac immense et c’est le poste frontière. Autre point important de la journée.
J’approche et un kangal vient vers moi en aboyant. En alerte, je continue mais celui ci voulait jouer. Je suis surpris du comportement des chiens à mon égard aujourd’hui.
Le passage de frontière n’est pas prévu pour les piétons. Une dizaine de voitures attendent, ça va. Je remonte la file puis demande poliment de m’intercaler à un slovaque. Merci. Contrôle du passeport à la sortie, les deux guérites sont accolées alors c’est au tour du macédonien de me contrôler. Rien parfait. Je lui demande de tamponner crédentiale mais pas de tampon non plus. Tans pis.
Voilà je suis en Macédoine, et Très vite je me ressaisi car ma trace se dirige vers la forêt et là premier coup de tonnerre. Je regarde le ciel mais cela n’a pas l’air sérieux. Je m’enfonce dans la forêt puis amorce la descente vers le lac. Bien sûr, la carte est aléatoire et le GPS accuse un taux d’erreur important aujourd’hui. C’est du vécu, donc on garde son bon sens et on suit sa trace sans vraiment vouloir rester dessus à tout prix. Ça descend pas mal, un chemin puis une piste. C’est agréable, des chênes et des résineux, je respire. Le silence, les oiseaux, les huppes !! Le bonheur.
Enfin j’approche de Radozhda, un agriculteur sur son tracteur me voit et m’attend, il baragouine, je comprends rien et je finis par lui montrer le drapeau français; ahhhhh ut ut voila ce que j’ai compris et il s’en va. Premier contact.
Je suis au bord du rivage et de suite on sent une tranquillité dans ce lieu incroyable. J’y reste un moment d’ailleurs. Je poursuis et tombe sur une villa qui fait bar et qui possède une terrasse sur le lac. Je demande du café, la dame ne comprend pas, vient alors un homme qui parle l’anglais. Ce sera un petit déjeuner complet du coup. La montée m’a donné faim. J’étais à vide.
Je profite du moment, entourés de chats qui, je ne sais pourquoi, adorent mon sac et se frottent dessus. Arrivent une dame et sa fille, elles parlent le français ! J’engage la discussion et à la grande surprise elles sont de Rouen, ma ville natale, elle est mariée avec un Macédonien du village. Échanges de petits détails et une mise en garde sur les incendies en cours. Il faut que je me renseigne car les parcs pourraient être fermés au public. Je reconnais le pessimisme à la française. On verra bien
On se dit au revoir et j’entame la longue approche vers Struga. Je passe devant l’église du Saint Dimanche avec sa source. Je remplie la gourde. C’était un conseil de ma compatriote.
Puis un camping digne de l’air soviétique. J’arrive au monastère de la naissance de la sainte vierge Marie Kališta. Un baptême est en cours, j’assiste à l’office à la porte de l’église. C’est beau, il y’a des chants.
Après ce bel instant de partage, je repars et passe devant l’église caverne de Saint Atanasius. Je n’y monte pas, je le regrette.
L’approche de la ville se fait par une bande cyclable qui passe à travers hôtels et camping, c’est agréable.
La ville, très touristique, je m’enfonce dans une artère peuplée, directement vers mon gîte d’étape. Hotel Venecia, un appartement complet pour 30 euros. J’attends dix minutes pour le récupérer et je suis agréablement surpris. C’est un peu kitch mais au dernier étage une belle vue. Le calme du lac se fait sentir même dans la rue très animée en bas.
Voilà les amis, hier je disais qu’il y avait des combats à mener et d’autres pas. Aujourd’hui c’était un beau combat, une très belle journée et elle n’est pas finie.
Bises de Struga. 😘
Voici le lien du jour:
https://1drv.ms/a/s!Al6c5B6JHyGuhNNXNQimJ6Hl3aV-iQ
Total : 3448 kms


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