“Le doute est un état mental désagréable mais la certitude est ridicule” Voltaire
39eme jour sur le Camino, pluie, fatigue, doute, montagne, village fantôme et assistance.
Après mon arrivée à Sangüeza , qui ne m’avait pas enchantée, la soirée s’est finalement bien passée. Les autochtones sont de primes abords un peu bourrus, mais on arrive à nouer contact.
Ce matin, réveillé de bonne heure, je jette un oeil sur la météo, je retombe dans le lit dépité. Après quelques instants et un bon soupir, j’enfile mon scaphandre car la journée va être humide.
Après avoir quitté l’hostal a 7h30, je file à l’adresse donnée hier soir par le restaurateur pour un petit déjeuner car l’étape ne prévoit pas de logistique en route. En effet, c’est une boulangerie qui fait bar et épicerie. Pas de fruit, pas de jus d’orange pressé, que du conditionné et des viennoiseries. Je ferai encore l’impasse. C’est très difficile de trouver des fruits et manger des légumes en Espagne pour les pèlerins.
Bref, à l’issue me voilà parti. 2 kms plus loin, première averse. Je sors de la ville et ça monte, doucement mais sûrement. Les 8 premiers kms se font sur la route et de beaux chemins.
Seulement voilà il faut grimper la difficulté du jour. Je vois au loin le village d’Undues de Lerda, c’est déjà la région d’Aragon, perché à 650 m. Je continue sur les chemins mais très vite je tombe sur le résultat des labours de nos amis agriculteurs. Le chemin est réduit à deux ornières remplies d’eau.
Cette fois ci, j’ai mes chaussettes étanches ! Certes c’est bien mais très vite le bas est rempli de boue qui colle aux semelles.
Rien à faire, je ne peux monter comme cela. Je m’épuise. À la première occasion, je retrouve la route et décide de monter au village par ce moyen . Ah ! C’est mieux.
L’averse suivante me rince de la boue accumulée Merci.
J’arrive au village et je vois un groupe d’adolescents avec sac à dos et tout. Je demande à l’accompagnateur s’il compte faire le camino. Fiuff non, fort heureusement pour eux.
Du coup, je trouve un café ouvert et profite de quelques instants au chaud. Le tenancier me dit “ difficile aujourd’hui!”. Je lui dit le reste.
Il m’indique que le chemin est pierreux après le village et que c’est mieux mais rajoute qu’il n’en savait rien pour redescendre. J’adore ce genre de conseils.
Décision est prise, je galère trop sur les chemins, je continue par la route. Sauf que cela m’allonge de 4 kms. C’est parti.
À ce moment je commence une ascension vers les 850m, du vent, de la pluie battante, du brouillard, personne et pas de réseau…
C’est dans ce genre de situation où sa vulnérabilité revient en force et pourrait vous tétaniser de peur. En sus, à force de prendre du sucre simple comme nourriture, je fais une hypoglycémie réactionnelle. La tête me tourne et là le doute s’installe.
Je suis arrivé au sommet “ Puerto de quatro caminos” et j’en menait pas large.
Enfin le panneau Ruesta et la descente, encore 9kms. Du coup, la pluie s’arrête, plus de vent. Incroyable. N’empêche que suis rincé dans les deux sens du terme.
Cet épisode me fait penser que depuis presque 300kms je n’ai pas pris de repos. Je suis fatigué et les étapes sont difficiles. S’annonce ensuite le col du Somport pour entrer en France. Des surprises m’attendent. En sus mes chaussures sont usées.
Enfin j’arrive à destination, une auberge dans un village fantôme dont je vous laisse aller voir l’histoire sur internet. Je suis très bien accueilli et la cuisine est toujours ouverte. On me demande si je veux manger . J’accepte et c’est un des meilleurs repas pris sur le camino.
Entre temps, une violente tempête s’abat sur le village avec coups de tonnerre et pluie torrentielles. C’est toujours impressionnant en montagne. L’hospitalero me dit “ tu viens d’y échapper” Oui en fait, soulagé d’avoir pressé le pas pour arriver.
Je récupère ma chambre, elle n’est pas chauffée mais on me prête un radiateur; c’est parfait. Le dîner est à 20h.
En attendant, une mission se prépare …
Dans mon premier plan, je pensais faire pause à Jaca puis je me suis dit que je pouvais continuer sur ma lancée. Non ! la nature commande !
Demain la météo est identique, l’étape fait 29kms dont 19 par chemin. Par la route c’est 34kms. On est toujours en semana santa, les auberges municipales ne sont pas toutes ouvertes. Pas d’alternative, une seule destination possible Arrès dont je ne suis pas sûr de l’ouverture.
Compte tenu des éléments, l’idée est de sauter l’étape et faire halte à Jaca comme prévu initialement. Sauf que pas de bus, le taxi c’est hors de prix.
Une solution, c’est l’assistance de Jetzabel qui se morfond en attendant ses rendez-vous de la semaine prochaine. Elle prendrait sa voiture, récupèrerait au passage, les nouvelles chaussures chez Christine et Michel, puis direction un lieu de rendez vous commun. Repos le soir et lendemain ensemble.
Ce soir, je dîne avec un argentin qui vit en Espagne et fait le Camino d’Aragon. Ça fait plaisir de voir un pèlerin.
Voilà les amis, une journée pleine d’aventures et de rebondissements.
Voici le lien du jour malgré la pluie.
https://1drv.ms/a/s!Al6c5B6JHyGuhKdAPR9P_Y6ddlB2rw
Total: 913,47 kms et 23kms en voiture


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