“Marcher, c’est retrouver son instinct primitif, sa place et sa vraie position, son équilibre mental et physique. C’est aller avec soi, sans autre recours que ses jambes et sa tête. Sans autre moteur que celui du cœur , celui du moral” Jacques Lanzmann
Depuis ma première expérience, malheureuse, sur le Camino Frances en 2019, il n’a eu de cesse de m’appeler. Malgré les épreuves, il était encore plus fort dans mon esprit, il est devenu un mode de vie qui vous imprègne au plus … La découverte, les rencontres, la proximité avec sa foi sont difficiles à exprimer mais les émotions sont bien là.
Il y a trois années je découvrais les fameux signes blancs et rouges laissés par d’autres indiquant « Jerusalemway ». Comme un baril de poudre qui s’enflamme, c’est l’appel ! Pendant ces trois années, je consacrais toutes mes ressources pour préparer ce voyage.
Ces trois années m’ont permis de me regrouper, de me recentrer sur un projet, de me retrouver. La préparation à été physique mais surtout intérieure. La philosophie stoïcienne, la théologie , surtout des pères de l’église, les écrits apocryphes et les sciences sociales m’ont permis d’appréhender ce voyage interculturel.
Puis le 20 février dernier, c’est la grille de départ. L’appel devient réalité. Il durera un peu plus de 7 mois et 4000kms. De Finisterra en Galice à Küçükkuyu en Turquie, en passant par la France, l’Italie, l’Albanie, la Macédoine du nord et la Grèce.
Bien sur la destination était Jérusalem. Tout d’abord lorsque l’on parle de Camino, il faut bien mettre une limite qu’elle soit temporelle ou bien géographique. Cependant l’âme n’a que faire de ces limitations. On peut peut-être être sentir de la complétude après seulement 15 jours sur le Camino Frances mais dans mon cas une très longue durée m’était nécessaire. À l’inverse la destination n’est pas une fin obligatoire, elle est un but, une orientation, une direction, rien de plus. Seul le cheminement compte.
Alors pourquoi s’arrêter là, aux portes du Proche-Orient? la raison est multiple.
Tout d’abord une impression ressentie depuis plusieurs semaines. Celui que le Camino ne me parlait plus. En effet, plus de petits moments magiques, plus de coïncidences troublantes…Paradoxalement, le sentiment de complétude était bien présent. L’esprit grand ouvert, j’étais en communion avec mon environnement.
Dans le même temps, plus j’avançais plus je rentrais dans une sorte d’entonnoir dans lequel il fallait développer encore plus d’efforts pour avancer de moins en moins.
Ensuite, la situation au proche Orient, un an après l’attaque contre Israël, la situation est encore plus compliquée. La guerre se développe et se répand. C’est un grand malheur pour la région.
Le malheur ne s’arrête pas à la frontière jordanienne il se diffuse insidieusement dans les esprits. Les mentalités des moins sages se durcissent, s’extremisent. La dernière discussion avec Malik, turque de confession alévique, m’a ouvert l’esprit sur ce que nous représentons, pèlerins d’occident qui entre dans une Turquie du sud arabisante. Le message de la providence était clair.
Malgré mon sentiment de complétude, un moral d’acier, une volonté forte, mon corps déclinait. Le sac à dos me faisait souffrir, la chaleur interminable m’empêchait de récupérer pleinement, du saignement de nez aux céphalées en passant par bien d’autres symptômes, j’arrivais au bout physiquement. À 56 ans, on ne fait pas de miracle avec son corps et je m’estime heureux de n’avoir pas eu de gros problème; seulement un épuisement général.
Dans l’épuisement générale, il y à aussi le manque de soutien, l’incompréhension des orientations, des choix que j’ai pu faire ou pas par ceux qui m’entourent au quotidien. Le chemin est amour au sens de l’agapè. Le sens est très important pour comprendre. Toutes les personnes que j’ai rencontré m’ont aimé et réciproquement. Jamais je n’ai été rejeté. Il n’y à donc pas de place pour les acteurs immoraux. D’ailleurs le Camino se charge bien d’expulser les contrevenants.
La citation principale du blog indique que si tu penses mal alors marche encore …tout est là. Pour ceux qui ne marche pas, je les invite à relire Senèque et Marc Aurele pour appréhender la vie sans juger hâtivement.
Je n’ai pas la plume d’un Paulo Coelho qui décrit son parcours initiatique sur le Chemin de Compostelle mais par le blog il était important de partager ce chemin avec authenticité. Cela n’a pas toujours été compris mais je me sentais obligé d’être moi même sinon à quoi bon faire un chemin pareil.
Alors maintenant quoi ? Une fois que l’on rentre avec cette complétude, une âme “lavée”, un regard neuf, on fait quoi de tout cela?
Au risque de décevoir, on ne fait rien! Non, il n’y aura pas de nouvelle vie hollywoodienne, de film en CinémaScope. Pas de vie monastique non plus, ou de transformation en “grenouille de bénitier”.
Seulement l’humilité d’une vie simple, d’être un homme bon, juste et charitable dans la vie au quotidien.
Le chemin de la sagesse est long et ce n’est qu’un chapitre qui vient d’être écrit. Il y en aura d’autres, je ne sais pas encore comment mais c’est une certitude.
Pour terminer, je voudrais rendre hommage à toutes les personnes que j’ai rencontré au fil du chemin, à tous ces anges du chemin qui m’ont hébergé, nourri ou simplement conseillé. Sans eux, il n’est pas possible de cheminer.
Et puis tous ceux qui m’ont suivi sur ce blog, en silence ou pas, merci pour vos nombreux messages qui pour la plupart arrivaient à point nommé ou me faisait réagir mais tout cela faisait partie du Chemin. Merci mes amis.
Alors puisque l’amitié s’entretient, je ne peux qu’espérer avoir de vos nouvelles.
Bises de Vertheuil 😘 ou vous trouverez votre maison si vous passez dans les parages .
Ps: Pour les amoureux du terre à terre, je ferai un retour d’expérience sur le matériel pour compléter celui déjà fait.


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